En revanche, il l'est pour ses congénères. « Le problème est qu'il est porteur sain d'un parasite, qui, lui, est mortel pour de nombreuses espèces de poissons comme les truites, les carpes, les perches ou encore les saumons et les bars d'élevage », explique Rodolphe Gozlan, chercheur à l'IRD (Institut de recherche pour le développement) qui vient de publier une étude sur le caractère « invasif de cette espèce » dans la revue « Emerging Microbes & Infections - Nature ».
Pour ce spécialiste des écosystèmes aquatiques, « il faut agir vite », car ce pirate d'eau douce est en train de coloniser nos rivières à toute allure. La première fois que ce goujon, originaire de Chine, a été repéré en France, c'était en 1980, dans la Sarthe, affluent de la Loire.
Des années auparavant, il avait été sans doute importé en Europe accidentellement, au milieu de carpes chinoises commandées par une ferme aquacole. « Depuis, il s'est installé dans la Loire, le Rhône, le Rhin et dernièrement la Garonne, car c'est une espèce qui se reproduit vite explique le chercheur. Ce poisson a une autre caractéristique : c'est un athlète hors pair capable de s'adapter à toutes les températures, en eau douce mais aussi en eau salée.
« En Turquie, il a décimé, en l'espace de trois ans, des espèces marines comme le bar jusqu'à quasi-extinction. C'est inquiétant pour le saumon breton », souligne l'expert. Son parasite, appelé Sphaerothecum ou agent rosette, qui se faufile dans le système vasculaire des poissons pour empoisonner leurs organes, est presque aussi robuste, résistant à des températures allant de + 4 °C à + 35 °C. Particulièrement tenace, il libère dans l'eau, une fois sa proie morte, des spores qui iront en coloniser d'autres victimes.
Au Royaume-Uni, où la pêche en eau douce est le sport national, cette redoutable association de malfaiteurs a provoqué l'émoi. Remontant même jusqu'au 10 Downing Street et au Parlement dès 2005. « Là-bas, ils ont opté pour l'éradication : ils ferment le lac, abaissent le niveau, mettent à l'abri les autres espèces, puis empoisonnent l'eau avec un insecticide naturel, puis remettent en eau une fois le goujon et son parasite disparus », explique Rodolphe Gozlan. En France, alerté par son étude, l'Onema (l'Office national de l'eau et des milieux aquatiques) vient de décider se pencher sur le cas de ce flibustier hors normes.
Source © Le Parisien


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