mercredi 27 août 2014
Les ministères de la Santé et de l'Ecologie ont autorisé en Guyane le recours au malathion, un insecticide interdit dans l'UE pour éradiquer les moustiques tigres, vecteurs du virus chikungunya qui frappe l'Outre-mer. Le feu vert des autorités sanitaires fait polémique.

Un arrêté interministériel, publié le 13 août au Journal officiel, autorise par dérogation l'utilisation en Guyane du malathion, un insecticide organophosphoré interdit dans l'Union européenne, afin d'enrayer l'épidémie de chikungunya qui sévit dans le département depuis janvier.

Le malathion n'est plus autorisé dans l'UE en tant que biocide depuis août 2008. S'il est "toxique" pour l'homme et les écosystèmes, sa persistance est "faible" dans le sol, selon l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses). Cet insecticide neurotoxique est "nocif" en cas d'ingestion et peut provoquer "une allergie cutanée". Il est "très toxique" pour les organismes aquatiques, les abeilles et les oiseaux, a indiqué l'Anses dans un avis paru en mars dernier.

L'Agence a en effet été saisie par la Direction générale de la santé (DGS) sur l'efficacité et les risques d'utilisation du malathion comme moyen complémentaire de lutte contre les moustiques tigres adultes (genre Aedes), vecteurs du chikungunya qui a déjà touché 1.665 personnes en Guyane dont 55% à Cayenne, selon l'Agence régionale de santé (ARS). "La circulation du virus continue sa progression, de nouveaux foyers épidémiologiques ont été identifiés", a de nouveau alerté l'ARS le 14 août.

L'arrêté, signé le 5 août par les ministères de la Santé, de l'Ecologie et des Outre-mer, justifie l'utilisation du malathion par "la résistance des moustiques vecteurs de Guyane à l'adulticide deltaméthrine et l'absence de produits adulticides de substitution". A la demande du préfet de la région Guyane, les ministres ont donc décidé d'autoriser l'insecticide à des fins de lutte antivectorielle pour une durée de 180 jours soit 6 mois, conformément à l'article 55 du règlement européen biocide de 2012.

Avis favorable de l'Anses et du HCSP…

Autorisée dans l'UE en tant que substance active phytopharmaceutique, la deltaméthrine (insecticide pyréthrinoïde) "seule n'est plus efficace, excepté en cas de brumisations intra-domiciliaires", a estimé l'Anses dans son avis.

Les données concernant le malathion "sont trop parcellaires pour conclure quant à l'intérêt de (son) utilisation opérationnelle. Il est urgent de réaliser des bioessais (tests de résistance des moustiques à l'insecticide, ndlr) pour combler cette lacune", a-t-elle indiqué. Afin de prévenir l'épidémie, l'Anses a toutefois donné un avis favorable pour son usage temporaire via la mise en place de "mesures spécifiques" visant à limiter son exposition.

L'arrêté prend en compte les recommandations d'épandage formulées par l'Anses et le Haut Conseil de la santé publique (HCSP). Ce dernier a également donné son feu vert dans un avis daté de mai dernier.

Les pulvérisations du malathion à l'extérieur devraient démarrer en septembre, le produit n'ayant pas encore été livré. Le traitement s'effectuera par voie terrestre "sous formulation UBV (ultra bas volume)" à partir de véhicules tractant l'appareil de pulvérisation, de type 4x4, ou à pied par atomiseurs à dos. Les pulvérisations s'effectueront dans un rayon de 100 à 200 mètres autour des cas suspects ou confirmés de chikungunya.

La durée de l'usage de cette substance biocide "doit être la plus courte possible au regard de la situation épidémiologique, aux valeurs les plus hautes de la gamme de doses d'emploi préconisées par l'OMS (112 à 600 g/ha)", a précisé l'arrêté.

La pulvérisation se fera "exclusivement en soirée" afin d'éviter une exposition des habitants "qui déambulent dès le début de la matinée et d'empêcher une contamination des aliments présentés sur les étals des marchés et commerces ouverts", a préconisé le HCSP. Cela correspond aux périodes où le moustique "diurne est actif". L'insecticide ne sera pas répandu près des cours d'eau, des cultures vivrières et des captages d'eau de surface. Les pulvérisations sont également proscrites lorsque le vent dépasse 15 km/h et en cas de pluie.

Les agents qui seront chargés du traitement devront revêtir des équipements de protection (EPI) adéquats (gants, masque, combinaison). Tandis que les populations devront être informées "24 h en avance, afin de les inviter à ne pas rester dehors et à fermer les portes et fenêtres ou volets lors des opérations", selon le HCSP.


Surveillance renforcée en France métropolitaine

Selon le dernier point de l'Institut de veille sanitaire (InVS) publié le 18 août, 250 cas de chikungunya importés ont été confirmés en France métropolitaine depuis le 1er mai (Provence-Alpes-Côte d'Azur, Corse, Languedoc-Roussillon, Rhône-Alpes, Aquitaine et Midi-Pyrénées). 18 départements du sud de la France sont visés.

Des mesures de lutte anti-vectorielle, avec destruction des gîtes larvaires (larvicides Bti, diflubenzuron) et traitements adulticides (deltaméthrine principalement), ont été prises par arrêtés préfectoraux jusqu'au 30 novembre. 722 cas suspects ont été répertoriés en métropole.

En Martinique, l'épidémie "se poursuit mais la tendance à la baisse s'est confirmée au cours des deux dernières semaines", a indiqué l'InVS. 55.920 cas "cliniquement évocateurs" et 19 décès ont été recensés depuis décembre 2013. En Guadeloupe et ses îles proches, la "diminution de la circulation virale observée depuis début juillet se confirme". 73.120 cas cliniquement évocateurs et 9 décès on été enregistrés.

… en dépit des risques

Mais les risques "ne peuvent pas être écartés pour les opérateurs malgré le port d'EPI", a prévenu l'Anses. De même, "il ne peut être démontré une absence de risque pour les résidents dans la zone traitée avec du malathion", a souligné l'Agence sanitaire. Et d'alerter : "De nombreux cas d'empoisonnement au malathion ont été rapportés dans la littérature montrant des diminutions de l'acétylcholinestérase (enzyme impliquée dans la transmission de l'influx nerveux, ndlr) associées à des symptômes digestifs, respiratoires et neuromusculaires, en particulier à des doses comprises entre 15 et25 g/personne".

Depuis la parution de l'arrêté, scientifiques et citoyens ont dénoncé le recours à cet insecticide. "Il s'agit d'une molécule qui va se dégrader en quelque chose d'encore plus nuisible. Ça tue tout", a déclaré Christophe Duplais, chimiste au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), au site d'information France-Guyane.

Inquiétude des scientifiques et citoyens

"Le problème est que les pulvérisations se font depuis la route, sur 5 à 10 mètres (…). Elles ne suffisent pas à tuer le moustique mais constituent des doses homéopathiques qui favorisent la résistance", a-t-il affirmé. Et de s'insurger : "Des gens prennent des décisions et choisissent d'utiliser un produit mortel et toxique sans consulter ni les scientifiques ni la population".

Selon l'AFP, la région Guyane s'interroge également "sur le bien-fondé de cette autorisation alors que l'utilisation de cet insecticide est interdite en France et en Europe depuis 2007-2008". Elle s'inquiète aussi "sur les conséquences de l'utilisation de ce produit chimique sur l'environnement, l'agriculture et la santé".

Plus de 1.000 personnes ont également signé une pétition en ligne contre l'emploi de ce produit "hautement toxique (qui) va se retrouver dans les jardins, les cours, les écoles, les crèches".

De leur côté, les autorités sanitaires guyanaises se veulent rassurantes. "Le malathion fait partie de la liste des produits autorisés par l'OMS. De nombreux pays l'utilisent après avoir effectué des études bénéfices/risques", a souligné Christian Meurin, directeur de l'Agence régionale de santé, lors d'une conférence de presse le 18 août, rapporte le site d'information France-Antilles. "La situation sanitaire est potentiellement grave. Personne n'a souhaité se priver d'un moyen qui permet de lutter contre le chikungunya", a-t-il insisté.

Le malathion "n'est pas plus toxique que la deltaméthrine utilisée actuellement", ont assuré de concert M. Meurin, Sandrine Chantilly, directrice du service départemental démoustication du Conseil général et Xavier Luquet directeur de cabinet du préfet, selon le site Guyaweb.

L'insecticide a déjà été utilisé par dérogation en Guyane "lors de l'épidémie de dengue en 2009", a rappelé Mme Chantilly.

Le recours aux substances adulticides "n'est qu'un des outils de la lutte antivectorielle", a réitéré l'Anses en soulignant "l'importance des autres actions" qui contribuent à diminuer la densité des populations de moustiques : "lutte mécanique, intensification de l'usage des larvicides (Bti en particulier qui est biologique, ndlr), mobilisation communautaire et promotion des mesures de protection personnelle antivectorielle (répulsifs, adaptation de l'habitat)".

Source © Actu-environnement

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