mardi 18 novembre 2014
Alexandre Grothendieck, généralement tenu pour le plus grand mathématicien du XXe siècle, est mort le jeudi 13 novembre. La nouvelle donne lieu à de nombreux articles rappelant son parcours et les extraordinaires avancées que son œuvre a rendues possibles dans le domaine des mathématiques.

« Pour Grothendieck, l’urgence écologique était devenue plus importante que les maths »

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Entretien avec Christian Escriva

Reporterre publie un document exceptionnel : l’interview de Christian Escriva, qui fut pendant dix ans l’ami et le confident d’Alexandre Grothendieck, avant que le génial mathématicien ne trépasse à Lasserre, le petit village où il a vécu seul les vingt-trois dernières années de sa vie. Son témoignage éclaire d’un jour nouveau le mythe qu’est devenu Grothendieck.

Présenté dans les médias comme le « plus grand mathématicien du XXe siècle », Alexandre Grothendieck est décédé jeudi 13 novembre à l’hôpital de Saint-Girons (Ariège) à l’âge de 86 ans. Une cérémonie aura lieu ce lundi à sa mémoire, dans un lieu d’Ariège tenu secret en accord avec ses dernières volontés.

Le nom du génial scientifique ne disait sans doute rien à Rémi Fraisse, mais dans sa retraite de Lasserre, petit village des Pyrénées où il vivait depuis vingt ans, Alexandre Grothendieck a dû se sentir proche du jeune militant écologiste comme il devait se sentir en affinité avec les zadistes de Sivens ou de Notre-Dame-des-Landes.

Le nom de ce grand mathématicien atypique restera en effet à jamais associé à la naissance de l’écologie politique comme l’a opportunément rappelé la parution de Survivre et vivre. Critique de la science, naissance de l’écologie, auquel Reporterre a consacré un article en avril dernier. Survivre et vivre connut de 1970 à 1975 plus qu’un succès d’estime – le tirage de la revue a atteint douze mille exemplaires.

Dès le premier numéro paru en août 1970, Alexandre Grothendiek y affiche sa radicalité. Il dénonce le fait que « les savants poursuivent trop souvent leurs travaux sans souci des applications qui peuvent être faites, qu’elles soient utiles ou nuisibles, et de l’influence qu’ils peuvent avoir sur la vie quotidienne et l’avenir des hommes ». De l’homme lui-même le livre parle très peu. Alexandre Grothendieck était en effet quelqu’un d’énigmatique qui vivait en ermite.

Quel personnage étonnant pourtant que ce génie de la géométrie algébrique né en 1928 à Berlin d’un père anarchiste russe et d’une mère allemande socialiste révolutionnaire qui, lorsqu’ils quittent l’Allemagne en 1933 pour aller se battre aux côtés des républicains espagnols le confie à un pasteur du Sud de la France. Lauréat en 1966 de la médaille Fields, le prix Nobel des mathématiques, il le refusa pour des raisons politiques et utilisa surtout comme tribune son poste au Collège de France.

Réalisées en un temps très court, ses découvertes inspirent encore les mathématiciens. Lui s’est retiré brusquement de la communauté scientifique et de ses institutions en 1971 pour couler en accord avec ses convictions des jours que l’on espère paisibles. Il refusait tout contact avec les medias mais raconte sa vie dans Récoltes et Semailles, un texte autobiographique disponible sur Internet.

Reporterre a eu la chance de rencontrer samedi Christian Escriva. Aujourd’hui producteur de plantes médicinales dans les Alpes, Christian Escriva a fait des études universitaires de physique théorique, puis de philosophie et de psychanalyse. Il fut le confident et l’ami de l’illustre mathématicien qu’il rencontra à la faculté de Montpellier où celui-ci venait d’être nommé après son départ de l’IHES (Institut des Hautes Etudes Scientifiques) et son éviction du Collège de France, jusqu’à son départ pour Lasserre.

Christian Escriva a connu les différents lieux que fréquenta Alexandre Grothendieck vers Lodève, vers Gordes (où il habita dans la maison de l’ethnologue Robert Jaulin) et vers Mormoiron, dans le Vaucluse. Il l’a revu il y a quinze jours, en Ariège, alerté de l’aggravation de son état de santé par l’un des cinq enfants qu’Alexandre Grothendieck eut de trois femmes différentes.


- Christian Escriva -

Son témoignage apporte un éclairage particulier et personnel sur le génial mathématicien qui fut une personnalité originale préoccupée par l’urgence écologique et engagée dans une démarche intérieure tournée vers la spiritualité et la méditation.

Reporterre - Où et comment avez vous connu Alexandre Grothendieck ?

Christian Escriva - J’ai connu Alexandre Grothendieck en 1973 alors qu’il venait d’être nommé professeur à l’Université de Montpellier. J’étais à l’époque étudiant en mathématiques en troisième année. Il n’a pas été mon professeur mais j’ai assisté à plusieurs de ses cours, il enseignait alors en deuxième année d’université.

Quel genre de professeur était ce ?

Alexandre Grothendieck était un professeur passionné et atypique. Il était animé d’un feu particulier et ses méthodes pédagogiques peu conventionnelles n’étaient pas toujours appréciées de ses collègues. Voici une anecdote qu’il m’a racontée à ce sujet : pour un examen il avait demandé à ses étudiants de venir avec du papier bristol, une paire de ciseaux, de la colle et des feutres. Il leur demanda de réaliser un polyèdre et d’en colorier les arêtes d’une certaine manière : un problème de théorie des groupes ! Tous ses étudiants eurent une excellente note.

Lors de la réunion pédagogique qui suivit, les autres professeurs lui reprochèrent ces résultats trop brillants à leurs yeux. L’un d’eux dit : « Les étudiants ne sont quand même pas là pour s’amuser ! » Alexandre rétorqua : « Ah bon ? Moi cela fait trente ans que je fais des mathématiques et je n’ai jamais cessé de m’amuser ».

Un mot sur le mathématicien qu’il a été.

On le dit « plus grand mathématicien du monde » mais je laisse à ses pairs mathématiciens le soin d’en parler. L’histoire la plus connue à ce sujet est celle des « 14 problèmes ». Alexandre Grothendieck était encore un jeune mathématicien lorsqu’il fut recommandé à Laurent Schwartz et Jean Dieudonné. Les deux mathématiciens lui confièrent une liste de quatorze problèmes en lui demandant d’en retenir un comme sujet de thèse. Quelques mois plus tard, il revint les voir en ayant tout résolu !

Alexandre me dit un jour qu’en somme il accomplissait en une semaine ce qu’un mathématicien normal et assez doué mettait une année à accomplir ! Il était capable de travailler dans une tension intellectuelle phénoménale !

Comment vivait-t-il cette capacité hors norme ?

Très simplement. Il en parlait en toute modestie, cela le faisait même parfois rire. Mais selon certains mathématiciens qui l’ont connu (et je le pense aussi) lorsqu’il était à l’IHES (Institut des Hautes Études Scientifiques), la tension intellectuelle dans laquelle il travaillait, difficilement soutenable pendant une très longue période, est l’une des raisons pour lesquelles il mit fin à sa carrière « officielle » de mathématicien. On dirait aujourd’hui de manière un peu triviale qu’il a « craqué ». Mais ce n’est qu’un facteur parmi d’autres : il y a selon moi des raisons bien plus profondes

Qu’est-il arrivé pour qu’il change ainsi complètement de vie en 1970 ?

Il y a d’abord, c’est indéniable et c’est l’élément le plus souvent mis en avant, l’antimilitarisme d’Alexandre Grothendieck. Il a toujours eu à ce sujet des positions extrêmement fortes et claires qui lui venaient de son enfance. En 1970, il apprit que l’IHES était en partie financé par les militaires et cela a été un raz de marée pour lui. Il me dit un jour qu’il comprit qu’en somme les scientifiques se prostituaient pour les militaires ! Mais la proportion de financement militaire du budget de l’IHES était en fait minime. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut aborder un aspect plus profond de sa personnalité.

C’est-à-dire ?

Alexandre avait pris conscience aux Etats-Unis de l’urgence écologique ; il y avait donné une série de conférences après avoir obtenu la médaille Fields en 1966. Ceci l’amena à créer en 1970 avec deux autres mathématiciens, Claude Chevalley et Pierre Samuel, le groupe Survivre et Vivre, pacifiste, écologique et très marqué par le mouvement hippie. Alexandre collabora étroitement à Survivre et Vivre jusqu’en 1973 avant de prendre du recul et de s’engager dans une recherche spirituelle, tout en estimant que la situation écologique était décidément dramatique .


- Une réunion de rédaction à Survivre et vivre -.

Pouvez vous en dire plus ?

Alexandre était revenu des Etats-Unis imprégné entre autres des thèses spirituelles du médecin-poète américain R.M. Bucke, auteur de l’ouvrage Cosmic consciousness (Conscience cosmique), qui n’est pas traduit en français à ma connaissance. Nous avons souvent et longuement réfléchi sur les idées exprimées dans cet ouvrage dans lequel, pour le dire très vite, Bucke développe la thèse selon laquelle l’humanité est appelée à muter et les hommes à atteindre des niveaux de conscience particuliers, comme l’ont fait notamment Shakespeare, Spinoza, Socrate, D-H Thoreau ou encore Walt Whitman, qu’il évoque dans le livre.

Alexandre avait également un immense intérêt pour Krishnamurti, Gandhi, la Bhagavad Gîta, le Tao Te King... C’est dire qu’Alexandre Grothendieck a quitté ce monde scientifique, dans lequel il avait toute sécurité matérielle et reconnaissance pour différentes raisons. Pendant les années où je l’ai régulièrement fréquenté, entre 1973 et 1983, l’essentiel de son énergie était absorbée par cette recherche intérieure.

Quelle était sa vie à l’époque ?


Ces années ont été des années d’ouverture sur le monde. Alexandre Grothendieck a été professeur à l’Université de Montpellier jusqu’en 1988. Il habitait Villecun, un petit village au dessus de Lodève jusqu’au début des années 80, dans une maison où il vivait ce qu’on appellerait aujourd’hui la décroissance. Sur ce point là aussi, quand on y pense, il était précurseur.

Comment cela se passait-il ?

J’ai bien connu cette maison car il m’est arrivé d’y passer des semaines entières avec lui. Il vivait très simplement en faisant attention à tout ce qu’il mangeait : il était particulièrement sensible à la qualité " bio " de la nourriture, sans être absolument végétarien. La maison était alimentée en électricité qu’il n’utilisait quasiment pas, sauf peut-être pour faire fonctionner une perceuse ! Alexandre s’éclairait à la bougie et à la lampe à pétrole ; la cuisinière et le chauffage étaient au bois. Il faisait lui-même son bois et ses courses, une fois par semaine. Il avait encore une voiture, on la qualifierait aujourd’hui d’épave !

Etait-t-il impliqué dans des mouvements ? Voyait-il beaucoup de monde ?


Non, il n’était plus impliqué dans le militantisme écologique mais c’était une période d’ouverture pendant laquelle il voyait, non pas énormément de monde, mais beaucoup de gens tout de même. Alexandre était exceptionnellement communicatif et pouvait parler des heures et des heures d’affilée. Le mouvement Survivre et Vivre avait imaginé le concept de « dissidence » selon lequel il fallait quitter les grandes villes, vivre dans la nature et expérimenter de nouveaux modes de vie.

Il vivait cela. Il avait créé une association qui avait acheté des terrains sur lesquels des personnes s’étaient installées. A Paris, ses velléités communautaires avaient vite tourné court. Alexandre avait au fond un tempérament très solitaire et il était sans doute difficile de vivre avec un être tel que lui.

Que s’est-il passé ensuite ?

La période pendant laquelle il a vécu à Villecun a été une période pendant laquelle il a été selon moi heureux. Il a habité ensuite peu de temps dans la maison de son ami l’anthropologue Robert Jaulin, près de Gordes. Puis il a vécu pendant quelques années dans une autre maison près de Mormoiron, toujours dans le Vaucluse, qu’il a quittée pour s’installer à Lasserre, dans l’Ariège en 1991, à 63 ans donc. A partir de cette époque, il n’a plus voulu voir personne, ni ses amis ni sa famille. Cela a été une volonté délibérée et comme à son habitude, sans faille.

Vous-même ne l’avez donc plus revu ?

Non. Les lettres que je lui ai adressées sont toutes revenues avec la mention « retour à l’envoyeur ». Alexandre a continué à vivre dans un esprit de décroissance. Il n’avait plus de voiture, son téléphone était sur liste rouge et il avait tout organisé pour avoir le moins de contacts possible. Il s’était arrangé pour que quelqu’un lui fasse ses courses et évitait d’être en contact même avec le facteur. Il avait imaginé un système de pince à linge pour être prévenu quand il avait du courrier !

Comment pensez-vous qu’il a vécu cette période ?

A mes yeux, et ayant eu avec lui une relation très amicale et très proche , je sais qu’il avait pris la décision de vivre la dernière partie de sa vie dans la solitude et la méditation. Il a fait ce choix d’une manière libre et consciente. Vu de l’extérieur, ceci pourrait apparaître comme une forme de folie. Mais je sais qu’Alexandre a toujours été dans ce qu’on nommerait communément "la démesure". Il me disait régulièrement qu’au fond il s’accommoderait bien d’être emprisonné : en prison, disait-il, il aurait toute latitude pour méditer !

La lecture du texte autobiographique Récoltes et semailles qu’il a écrit en 1988 alors qu’il habitait encore Mormoiron et qui est à mon avis impubliable, laisse à penser qu’il vivait dans une sorte d’amertume, voire d’aigreur. Il se plaint beaucoup dans ce texte que ses idées ont été « pillées » à partir du moment où il a quitté la scène des mathématiques. Mais ceci n’est qu’un aspect de ses dispositions intérieures.

A-t-il continué ses travaux de mathématicien ?

Selon les très rares témoignages que j’ai pu avoir, oui. Il aurait notamment refait les calculs des grands cosmophysiciens sur les différents modèles d’univers. Alexandre ne pouvait s’empêcher de faire des mathématiques, c’était une seconde nature chez lui. Alexandre vivait entouré de plantes. Je pense que sa recherche intérieure et son inquiétude pour la situation écologique avaient pris chez lui le pas sur toute autre chose.

Il me disait souvent que s’il avait 25 ans aujourd’hui, la préoccupation de travailler sur cette situation dramatique que nous vivons sur le plan écologique aurait absorbé l’essentiel de son énergie : il ne se serait, me disait-il, certainement pas consacré aux mathématiques !

Source © Propos recueillis par Philippe Desfilhes / Reporterre




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Mort de Serge Moscovici, esprit brillant de la pensée écologique


Triste semaine pour l'écologie. Après le mathématicien génial et écologiste radical, Alexandre Grothendieck, c'est Serge Moscovici qui vient de s'éteindre à 89 ans. 

Philosophe, anthropologue, psychosociologue et pionnier de la pensée écologiste, Serge Moscovici, ce fut d'abord une vie, avec un grand V. Né en Roumanie en 1925, où il échappe de peu aux persécutions antisémites avant plusieurs années de travail forcé, il se réfugie en France en 1948 au terme d'une longue odyssée à travers l'Europe. Et c'est à Paris qu'il se choisit son destin, celui d'un aventurier de la pensée, à cheval entre la France, où il enseignera à Jussieu, à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, et les Etats-Unis, où il interviendra à Princeton, Stanford et plus tard, à la New School for Social Research à New York.

Esprit brillant, iconoclaste, et inlassable curieux, il est (entre autres bijoux!) l'auteur de deux livres cultes de la pensée écologique, Essai sur l'histoire humaine de la nature et La société contre nature. Deux ouvrages brillants et originaux dans lesquels il lance l'idée d'écologie politique, le père de l'actuel commissaire européen aux affaires économiques et sociales Pierre Moscovici invente un « naturalisme subversif », s'interroge sur la fonction de la science et le sens du progrès.

L'écologie, insistait-il, ne se réduit pas à sa dimension économique ou technico-scientifique, mais pose des questions existentielles et réside dans un choix « culturel », un sens donné au « vivre ensemble ».

Nous l'avions longuement rencontré en 2008 dans son appartement du 12e arrondissement, pour une des rares interviews qu'il aie données ces dernières années. Nous avions parlé de mai 68, et beaucoup d'écologie. Morceaux choisis, en forme d'invitation à se (re)plonger dans cette pensée vivifiante, car oui, il faut lire Serge Moscovici !

La nature, LA grande question des temps modernes


« Je fais partie d'une génération née au milieu des destructions de la guerre qui a vu proliférer une culture de la mort, avec les camps de concentration et la bombe atomique. Pour moi, il ne faisait aucun doute que la question naturelle allait devenir LA grande question des temps modernes, qu'elle allait même supplanter la question sociale. 

« Quand nous avons créé une section d'anthropologie à Jussieu, l'anthropologue Robert Jaulin, le philosophe Jean-Toussaint Desanti et moi-même, nous nous sommes très rapidement retrouvés devant plus de mille personnes. La majorité n'étaient pas étudiants en sciences sociales, mais en médecine ou en sciences dites “dures”.

Cette émergence de scientifiques critiques envers la science est très particulière à Mai 68. C'est à ce moment là qu'ils ont commencé à se structurer, à construire des groupes. Et à ouvrir des horizons libérateurs à la fois en matière d'histoire ou de philosophie des sciences mais aussi de réflexion sur nos rapports à la nature. Autour des mathématiciens Pierre Samuel et Alexandre Grothendieck s'est retrouvée toute une pléiade de chercheurs qui se sont engagés à fond dans la défense de la nature. Contrairement à une idée reçue selon laquelle les scientifiques seraient indifférents aux problématiques posées par la science, ils furent les premiers à contester, informer et nous ouvrir les yeux. »

Parler de nature, pas d'environnement


« L'idée d'“environnement” nous vient de la biologie ancienne, darwinienne : c'est un élément extérieur à l'homme, une sorte de bulle dans laquelle il est enfermé et face à laquelle il réagit et s'adapte. Mon idée de la nature consiste précisément à critiquer cette notion d'environnement. Il est impossible de penser l'environnement indépendemment de l'homme et de la culture, ou de la société. La nature n'est pas quelque chose d'extérieur. Nous ne nous y adaptons pas ; nous en dépendons car nous l'avons faite autant qu'elle nous a faits. C'est même en faisant la nature que nous la connaissons. La nature est un produit de l'histoire humaine. »

L'écologie politique

« J'ai toujours beaucoup cru à la position de minorité active, qui correspond à la réalité d'un petit mouvement en formation – ce qui est toujours le cas de l'écologie politique. Ce positionnement a des avantages, il est plus adapté à des actions de proximité, et permet toutes sortes d'expérimentations sociales, comme les socialistes l'ont fait au XIXe siècle avec les phalanstères, les mutuelles... (…)

Etre une minorité permet d'être plus libre dans son expression et à la société d'être plus attentive à ce que vous faites. Elle provoque un bouillonnement d'idées et de pratiques nouvelles. Une grande partie des changements sociaux sont d'ailleurs l'œuvre de minorités, même si cela prend du temps. 

En général, la première génération perd. Puis la seconde est mieux acceptée et peu à peu, ce qui était considéré comme une utopie se banalise. Voilà pourquoi j'étais – et reste – convaincu que nous ne devions pas essayer d'être un parti comme les autres (.)

Le Parti socialiste a mis un siècle pour s'inscrire dans une culture, se structurer et conquérir le pouvoir. Alors, c'est croire au miracle que de penser que le paysage électoral peut changer tout d'un coup. Et puis, j'ai toujours été convaincu que le mouvement écologique ne se réduisait pas à la seule sphère politique, mais qu'il était aussi un mouvement social, et culturel. »

C'est quoi, parler d'écologie ?

« Ce discours protecteur qui fonctionne par injonctions – “Mange plutôt ceci! Mange plutôt cela! Fais attention aux produits chimiques, aux ondes électromagnétiques...” – me fait penser à de l'élevage par stabulation. On se comporte avec les hommes comme avec les animaux : on les isole de leur milieu, on les parque, on les protège ; des techniciens s'occupent de leur santé et de leur espace. »

« S'interroger sur l'augmentation de la température, sur l'air que l'on respire, ne suffit pas. Par exemple, quand on parle de la pollution urbaine, on passe à côté du problème essentiel, celui de la sur-massification : aujourd'hui, tout le monde est préparé dès son plus jeune âge à faire partie d'une foule, d'une masse... Mais comment vit-on dans des villes de 30 ou 40 millions d'habitants?

En tant qu'écologiste, la question des armements de destruction massive me préoccupe. L'écologie, et avec elle, la pensée critique sur la nature et la science est née avec Hiroshima. Voilà pourquoi la politique de la nature est d'abord une politique de la science, qui devrait permettre de s'interroger : que fait-on de la science, quels types de connaissances produit-on, et à quel rythme introduit-on du changement?

Aujourd'hui, on pense qu'il n'y a qu'une alternative – soit c'est le progrès qui décide, soit c'est le marché. Mais c'est faux. On peut choisir, ou pas, de produire une connaissance ou de l'utiliser. (…)

Le libéralisme a appris aux individus à penser en termes d'économie de marché. Le socialisme en termes de rapports sociaux. L'écologie devrait nous apprendre à penser notre vie, et à faire des choix, en nous appuyant sur une politique de la nature.

Et puis, pourquoi faudrait-il sensibiliser les gens à ce qu'on appelle la “nature” par la pédagogie de la peur et de la catastrophe ? Pourquoi ne dit-on pas plutôt que l'on peut se développer et inventer des solutions sans être constamment sous la menace? (…) Il faudrait que le discours écologiste se réinstaure sur la confiance. »

Une écologie en cours de formation

« Ces histoires de nature échappent encore à beaucoup de monde. Y compris aux intellectuels qui sont très rares à s'y intéresser. En grande partie parce que la nature reste une question très difficile à saisir, qui demanderait de rapprocher des domaines très éloignés les uns des autres : la sociologie, la physique, la biologie, l'anthropologie... Et même la religion, qui pose des questions intellectuellement passionnantes : si le modèle de la nature, c'est Dieu, comment expliquer que cela ne marche pas?

Bref, pour l'instant, on n'accepte pas que la question naturelle soit au coeur de toutes les questions que nous posons aujourd'hui. Cela prendra du temps. L'écologie est encore en cours de formation. »






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